HUMAINES
Mise en contexte : Voici la présentation d'une recherche menée par Laurence Monnais, du
département d'histoire de l'Université de Montréal, et Heather MacDougall, de l'Université
de Waterloo, répondez aux questions qui suivront selon les informations fournies dans cette
présentation.
« Les hésitations, voire la résistance, à faire vacciner ses enfants contre diverses maladies
infantiles, au Québec comme au Canada, ne relèvent pas que des seules appréhensions des
parents.
En fait, elles découlent d’un processus historique complexe qui dévoile des déterminants
politiques, économiques et socioculturels englobant différents acteurs, dont le corps médical et
les décideurs politiques.
C’est ce qui ressort d’une étude menée par la professeure Laurence Monnais, du Département
d’histoire de l’Université de Montréal, et sa collègue Heather MacDougall, de l’Université de
Waterloo, publiée dans le Journal de l’Association médicale canadienne.
Pour brosser un tableau de ces réticences et de l’« apathie vaccinale », selon leurs mots, les
chercheuses se sont penchées sur l’histoire de la vaccination contre la rougeole au Canada de
1963 à 1998.
Si l’année 1963 marque l’arrivée d’un premier vaccin antirougeoleux, la date butoir de 1998 n’a
pas été prise au hasard: il s’agissait pour les deux historiennes de la santé d’observer et
d’analyser l’indécision relative à la vaccination avant la fameuse affaire Wakefield liant
justement la vaccination contre la rougeole et l’autisme.
Pour ce faire, elles ont eu recours à une variété de sources d’information: presse populaire,
entrevues d’intervenants de l’époque, parents, experts et décideurs, archives ministérielles,
rapports statistiques, etc.
Point de départ: l’apparition du vaccin contre la rougeole
Pour les chercheuses, l’histoire de la vaccination contre la rougeole permet de contextualiser
l’émergence d’oppositions actives, et passives, à la vaccination et de déterminer la source des
problèmes de confiance qui ont entravé la communication entre les parents, les professionnels de
la santé et les décideurs politiques.
« Le bouillonnement social des années 60 et 70 est déjà présent lorsque le vaccin contre la
rougeole apparaît en 1963, et il contribue à l’apathie à l’endroit de la vaccination en général
parmi les experts, qui sont témoins de l’émergence d’une parentalité nouvelle, de la deuxième
vague du féminisme et de la popularisation des médecines alternatives », écrivent M Monnais et
mes
MacDougall.
De même, on exprime alors des préoccupations renouvelées vis-à-vis de l’alimentation, de la
toxicité des médicaments dans le sillage du scandale de la thalidomide survenu en 1962, entre
autres. Prescrit notamment aux femmes enceintes, ce médicament contre les nausées entraînait
des malformations fœtales.